Wild Bird

Le groove imparable de Keziah Jones, la voix chaude et les slides mythiques de Ben Harper et la mystique profonde du maalem gnaoui Mahmoud Guinea dans un seul et même projet : l’âme afro-gnaoua renoue enfin avec le blues originel en remplaçant la contrebasse et la basse électrique par un guembri amplifié à outrance. Pari fou ? Pas pour Idriss El Mehdi, qui nous propose dans son premier LP “Wild Bird” un blues-funk d’une finesse et d’une modernité rares, qui rend hommage à la musique ancestrale des descendants d’esclaves d’Afrique et d’Amérique du Nord.

La maturité musicale arrive avec cet opus intitulé sobrement «Wild Bird». Il décide d’assumer sa passion pour la folk song américaine et se lance dans l’aventure, recrutant des musiciens de talent avec qui il arrange une à une les chansons du disque, fruit d’un long travail de recherche rythmique et de thèmes originaux.

Le jeune homme au regard lumineux chante d’une voix rauque et étouffée des textes personnels, prenant souvent position sur des thèmes sociaux. L’album s’ouvre sur « No problem », titre phare écrit par Pierre Grillet (« Madame Rêve » de Bashung, Nicoletta…), ode utopique à l’égalité, qui impose d’emblée le groove afrobeat du projet. On retrouve une seconde version de cette chanson plus tard dans le disque avec le maître du genre, Tony Allen.

Vient ensuite « Kill The Beast », brûlot engagé contre les puissants de ce monde, dans une tradition folk portée par un rythme chaloupé qui rafraîchit le genre.

Une intro brute, entre rythmes africains et voix cosmiques, dans la tradition Floydienne, annonce « Wild Bird », magnifique titre à l’esprit pop, où l’on reconnaît à peine le guembri, fondu dans des arrangements épurés.

On fait ensuite un petit détour vers un morceau déroutant, « Guembaia », entre rock, mpb brésilienne et transe gnaoua, sur un texte de Teofilo Chantre, Milo Lee et des chants ancestraux en Bambara.

L’afrobeat revient en force avec le double titre « Piano for Kayi » et « Goddamn The Pusher Man », qui démarre au piano et se poursuit sur un groove entêtant, sur le thème du dealer maudit, dans un clin d’oeil malicieux à Easy Rider et Nina Simone.

Le disque s’achève sur le bluesy et spirituel « One O One », douce ballade écrite par Lyly M, la soeur d’Idriss, qui clôture un LP audacieux, riche et éclectique, à l’image d’Idriss El Mehdi, de son parcours atypique et de son incroyable talent.